Centenaire du phénomène TOUNGOUSKA : J-10

MB Global Report 20.06.2008 15:29
timbre commémoratif (pibburns.com)

timbre commémoratif (pibburns.com)


Le second volet d'un des phénomènes les plus mystérieux arrivés dans l'histoire récente de l'humanité...



PREMIERE PARTIE ICI
 
 

Le phénomène a été observé sur une étendue de 700 Km de rayon, ce qui a permis d'estimer après recoupements des témoignages la magnitude (luminosité) du météore. Tombant rapidement d'une centaine de Km d'altitude où il a commencé à être visible (alors qu'il était masqué jusque-là par le soleil, suivant une trajectoire qui empêchait qu'on puisse l'apercevoir jusqu'au dernier moment), sa luminosité immédiatement remarquable a augmenté jusqu'à atteindre plus de 100 fois celle du soleil juste avant son explosion. Le bolide était donc déjà aveuglant bien avant de finir sa course, et les témoins relativement proches ont expliqué comment ils avaient été littéralement brûlés alors même qu'ils étaient à des dizaines de kilomètres de distance.

L'explosion elle-même a été décrite de diverses manières par les témoins et on verra plus tard que cela n'est pas anodin, pas plus que les trois enregistrements sismiques secondaires suivant la première onde de choc et expliqués comme "ondes aériennes d'explosion".

Carte des zones où des phénomènes lumineux et magnétiques nocturnes furent observés dans les semaines qui suivirent :

(anakinovni.ifrance.com)

Dans les années qui suivirent, on releva une quantité élevée de césium 137 dans les anneaux de croissance des résineux correspondant à l'année du phénomène. Par la suite, de nombreux habitants de la région décédèrent de maux à l'époque "inconnus", ce qui accrédita la thèse d'une explosion nucléaire et notamment une théorie comme quoi le bolide pouvait être un vaisseau spatial extraterrestre en perdition... C'est l'explication plus ou moins avancée par John Baxter et Thomas Atkins dans leur ouvrage "The Fire Came by" :

(amazon.com/images)

Il est vrai que l'objet, dans les secondes finales de sa chute, a été décrit comme de forme allongée voire cylindrique, de couleur bleuâtre changeante (métallique ?) et surtout le bruit de sa chute l'accompagnait, indiquant apparemment une vitesse subsonique impossible pour une météorite. Il est toutefois probable qu'il s'agit là d'une mauvaise description des phénomènes de 'bang' supersonique accompagnant la progression du météore, chose bien évidemment inconnue à l'époque - on estime que la vitesse certes très faible de l'objet était de 2 à 3 Km/s, ce qui reste nettement hypersonique. Des témoignages attestent un changement de course à 180° avant explosion : même remarque... On verra plus tard ce qu'il faut penser de ce dernier élément. Quoi qu'il en soit, en pareil cas le vaisseau ne pouvait être que de dimensions colossales. Certains ont cru devoir expliquer qu'un élément en faveur de ces hypothèses tenait dans le fait que la région, désertique, avait été précisément "choisie" pour épargner la civilisation - et que le lac Baïkal était un repère évident pour manoeuvrer. Plusieurs autres chercheurs ont emboîté le pas à ces théories impliquant un spationef, voire deux.

Dans les années cinquante, le Pr Zolotov lança une étude de 17 ans avec des étudiants, annonça avoir trouvé des traces de radioactivité anormale dans la région et relança l'hypothèse de l'explosion nucléaire avec vaisseau. D'autres scientifiques contredirent ses mesures, ne réflétant rien d'autres que les traces laissées par les essais de bombes H faits par l'Armée soviétique... Ce rapport des résultats permis par une expédition de 1961 bat particulièrement en brèche les travaux du Pr Zolotov.

 

L'expédition du Pr Leonid Kulik va chercher l'énorme cratère d'impact qu'un tel météore a immanquablement creusé quelque part au nord de Vanavara...

Leonid Alekseyevich Kulik   1883 - 1942 (Photo wikipedia.org)

L'équipe du Pr Kulik s'enfonçant dans les forêts et marais, où la progression est difficile et le paysage tellement répétitif que pratiquement seuls les locaux peuvent se repérer, est gênée par l'hiver et doit programmer une nouvelle expédition. Un paysage typique des environs de l'épicentre de l'explosion du météore :

(anakinovni.ifrance.com/19001909.htm)

Si l'expédition ne trouve aucun cratère monstrueux comme attendu, en revanche une zone gigantesque de taïga s'avère soufflée ; les arbres jetés au sol plus de dix-huit ans auparavant montrent toujours un paysage de désolation qui en dit long sur l'intensité de la catastrophe :

(abob.libs.uga.edu/bobk/Tunfig11.GIF)

Trees near the Podkamennaya Tunguska River in Siberia still looked devastated nearly two decades after a large meteorite exploded above the ground in June 1908. The Tunguska event, which ranks as one of the most violent cosmic impacts of this century, leveled nearly 800 square miles of forested taiga.
Smithsonian Institution (media.skyandtelescope.com)

 Tronc d'arbres couchés par l'impact météoritique à Toungouska, Sibérie, le 30 juin 1908. Photo datant d'une expédition de 1927 (photo wikipedia.org, "météorite")

 

(photo de Kulik prise en 1938, johnstodderinexile.files)

(vue aérienne, 1938 ; th.bo.infn.it/tunguska)

 

vidéo publiée sur You Tube, avec documents d'époque

Les scientifiques cherchent en vain d'autres traces que ces arbres écorchés, couchés, qui dessinent une zone en forme de papillon. Ils reviendront à trois reprises : 1928, 1929-1930, 1938, organisant même des survols de la zone "d'impact". Ils étudieront aussi les arbres, comme l'illustre le document ci-après :

(abob.libs.uga.edu)

Ci-après un relevé de la zone soufflée : la distance A-B est de l'ordre de 85 Km

(astrosurf.com/)

Il apparaît évident à la seule forme de la dévastation des arbres, présentant au centre une portion de forêt encore debout (bien que les troncs en soient pelés comme partout ailleurs), qu'il ne faut pas chercher au sol le moindre impact ; le météore, quel qu'il soit, n'a pas touché le sol. On estime qu'il s'est désintégré à quelque cinq ou six kilomètres d'altitude, peut-être dix et a transformé toute son énergie cinétique en chaleur, conduisant à une dispersion en milliards de milliards de particules fines, quasi microscopiques - telles qu'on en trouve partout dans le sol du site.

Le freinage atmosphérique affectant un quelconque météore, même très dense et résistant, est tel qu'il protège la terre de la quasi totalité des catastrophes possibles, bien que la quantité de matière tombant à chaque instant soit énorme. Mais elle s'accumule essentiellement en poussière : estimations de 20 000 t/an. Soit 3 mètres cumulés sur toute la surface du globe depuis son origine - et des effets de raccourcissement de son orbite autour du soleil, à la traversée des "nuages" occupant le système solaire, influençant la longueur de l'année ! (Ici, un article illustrant comment récolter n'importe où des micro-météorites).

La plupart des météores brûlent en quelques secondes à des altitudes très élevées, plusieurs dizaines de kilomètres, alors même que l'atmosphère est encore extrêmement ténue. Les basses couches de l'atmosphère étant environ trente fois plus denses qu'à une altitude de 20 Km, on voit l'intensité du "coup de frein" final que subit tout objet ayant franchi avec succès les couches stratosphériques...

Il est rarissime (mais pas impossible évidemment) que des corps plus massifs et résistants parviennent au sol - rarement plus gros qu'un kilogramme. 500 par an peut-être. Les chercheurs de météorites font leur fortune en explorant les régions désertiques ou englacées, révélant les débris de façon évidente avant un enfouissement rapide.

Seule la collision avec un corps très grand constituerait une menace sérieuse, contre laquelle on ne peut rien en l'état actuel de la science (le film Armaggedon est une fiction, peu réaliste...), mais seulement l'annoncer avec une certaine précision. L'étude et le suivi ou calcul des trajectoires de géocroiseurs connus n'exclut toutefois pas l'arrivée d'un astéroïde inconnu jusque-là et doté d'une trajectoire atypique...

Toutefois, Leonid Kulik cherche des débris plus ou moins importants qui auraient pu subsister à la vaporisation apparemment complète. Les choses sont rendues évidemment plus difficiles par les années qui ont passé depuis l'événement ; mais aucun des nomades vivant dans la région n'a jamais évoqué non plus un quelconque cratère, alors qu'il est probable qu'ils sont revenus sur la zone juste après... Même si l'immensité de la région nécessiterait une fameuse chance pour tomber sur un cratère de petite ou même de moyenne taille, sans les moyens modernes devenus disponibles depuis. Ce n'est que très récemment que l'université de Bologne, utilisant toutes les ressources géologiques disponibles, a détecté un lac (lac Cheko) pouvant résulter d'un impact à la fois météoritique et récent (dans les 100 dernières années...). Sa topographie est en effet typique de ces impacts et sa formation pourrait résulter de la chute d'un fragment de l'objet principal.

lake Cheko (www-th.bo.infn.it/tunguska / Uni)

modélisation infographique du lac Cheko (dossier complet ici, page Département de Physique de l'Université de Bologne là)

En fait, il y aura bien attestation de plusieurs "impacts" très espacés - mais seulement du même type que le 'principal', c'est à dire essentiellement des effets de souffle et d'onde de choc. Aucun matériau consistant là non plus... Ces impacts multiples participent de la dernière théorie fantastique révélée depuis que la Russie a ouvert ses dossiers secrets, sur cette affaire comme d'autres.

L'étude du sol révélera la présence de minuscules billes de verre naturel, de magnétites, telles qu'il s'en forme lorsque de très hautes températures et pressions sont rencontrées.

Lors de ces expéditions successives, Kulik identifiera au centre de la zone "d'impact" une centaine de dépressions peu marquées, une surtout, que faute de mieux il déterminera comme point d'impact...  L'épicentre (où les arbres sont couchés selon un schéma radial) est une large dépression aux contours peu nets, d'environ un kilomètre et demi de section. Kulik l'appellera "le chaudron", mais rien ne l'assimile à un cratère d'impact classique.

Après dragage du fond, il apparut que cette cuvette était une sorte de doline (entonnoir de dissolution, complètement naturel). Donc, pas de cratère à proprement parler, ni de débris météoritiqus, quand la planète comporte de nombreux astroblèmes encore clairement visibles des dizaines de millénaires voire des centaines de millions d'années après leur formation (Rochechouart -comme son nom l'indique-, Chicxulub, Manicouagan,... et bien sûr Barringer, parfaitement conservé grâce à son "jeune" âge et à la sécheresse du climat d'Arizona ; ce dernier cratère, de belle taille, n'a pourtant été causé il y a 50 000 ans que par une météorite -certes ferreuse, donc dense- d'une cinquantaine de mètres de diamètre et d'environ 300 000 tonnes). Un autre parfaitement circulaire ici pas très loin de Manicouagan, diamètre parfait de 5 Km, pentes uniformes à 33° :    61.2758707467     -73.6641562425  

(entrer ces coordonnées telles quelles dans le champ en haut de page à gauche, dans Google Earth, et cliquer sur la loupe).

Manicouagan :    61.2758707467     -73.6641562425                                      Barringer : 61.2758707467    -73.6641562425

Les connaissances en matière d'impactisme et de chute de corps célestes ont progressé depuis ; les hypothèses avancées dès 1930, soit l'explosion en altitude et non au sol d'une sorte de noyau cométaire actif, trouvèrent ainsi confirmation. Les dernières disputes entre spécialistes concernant sa nature exacte - noyau cométaire, comète active, astéroïde semblent également réglées depuis peu. Des analyses de résines de sapins faites en 1990 par une équipe italienne ont démontré la présence incontestable de micro-particules typiques des corps du genre "chondrites à enstatite de type E".

Voilà qui exclut au passage définitivement toute hypothèse de vaisseau spatial, semble-t-il...

(soft.net/images)

Ces différentes hypothèses font varier l'origine du météore, donc sa nature et partant, le couple densité / taille qui devait le caractériser. La masse du bolide est estimée autour de 2 millions de tonnes avant entrée de l'atmosphère, laquelle l'a réduit des trois quarts - l'objet lorsqu'il était proche du sol devait peser de 100 000 à 1 million de tonnes, une masse de 500 000 tonnes semblant un compromis probable. Sa taille, à la lumière des dernières études, aurait été de 60 à 80 mètres de diamètre. Son type serait : un fragment d'astéroïde cométaire autrefois actif, mais avec des glaces enfermées dans une croûte suffisamment épaisse pour avoir résisté convenablement au passage dans l'atmosphère - avant d'exploser sous l'effet du réchauffement intense des dernières secondes de la course, avec des manifestations typiquement cométaires malgré une altitude très basse ; origine du météore : le complexe des Taurides, une formation bien connue des astronomes qui suivent les groupes de corps répertoriés sous les dénominations de Encke et Hephaistos. Il s'agirait donc d'un Centaure, dont l'Antiquité a déjà connu des manifestations épisodiques à l'origine de légendes.

 

La puissance dégagée par l'explosion, évaluée de manière très variable au début, a fait l'objet d'un certain consensus qui s'explique par l'analyse des relevés sismiques, données fiables - et leur rapport avec les chiffres des explosions nucléaires contrôlées provoquées depuis 1945, tout aussi précis. L'étude détaillée des dégâts de la zone principale, de l'orientation des arbres abattus aux mesures des compressions aérodynamiques subies en surface des troncs,... ont aussi permis une grande précision dans l'estimation de l'angle d'attaque et de la puissance développée. Cette puissance est estimée à l'équivalent de 12,5 millions de tonnes de TNT (ou 600 fois celle de la bombe d'Hiroshima). On lit pourtant souvent "50" ou "60" fois cette puissance de référence -depuis longtemps dépassée par les engins modernes-, comme quoi la diffusion large des discussions et les étapes progressives de la recherche dans cette affaire empêchent une vision synthétique unifiée.

(image : orc.ru/~azorcord)

Il y a tellement de théories parallèles et de variantes que cet article ne peut prétendre même en trois volets à rendre compte de l'ampleur du "phénomène Toungouska"... Il faut se pencher sur une multitude de documents, plutôt en langue anglaise, épars mais heureusement accessibles aisément grâce au web. Leur qualité est très variable, des plus loufoques aux plus scientifiques (et hermétiques parfois). Espérons que vous jugerez celui-ci dans une moyenne acceptable... son seul objet est de donner les grandes lignes du sujet et de pousser à des investigations personnelles plus fines.

 

Il a été aussi noté très tôt que des groupes de végétaux exposés à la catastrophe ont prospéré d'une manière extraordinaire, preuve d'un effet direct du phénomène. Récemment, des commerçants avisés en ont tiré parti pour produire des substances nutritives dérivées présentées comme bénéfiques, restituant l'énergie permise par les dépôts du météore... : Cyberwize "powered by Tunguska blast"

 

D'autres exploitations commerciales du phénomène sont faites depuis quelques années, comme des expéditions organisées par un tour-operator au départ de Vanavara. L'idée est excitante et originale. Toutefois, aussi longtemps après l'événement, après tant d'expéditions scientifiques d'ampleur, parfois très prolongées et dans une région aussi vaste et monotone, il n'y a guère de chances de tomber sur une découverte nouvelle et fantastique. Mais les éléments révélés par un expert russe (3e volet de cet article) pourraient relancer l'intérêt des "touristes" pour d'autres zones de cette région, dont la localisation est malheureusement encore plus imprécise.

 

Reste qu'une expédition sur le site est sûrement une aventure exaltante, au contact d'une nature sauvage qui apporte des satisfactions réelles (paysages magnifiques, rivières et lacs aux pêches miraculeuses) comme des inconvénients tout aussi certains (approche longue, parcours parfois vraiment difficile, isolement en cas d'accident, attaques de moustiques,...) :

 

Preuve de l'intérêt jamais émoussé pour l'événement, un jeu vidéo reprenant en partie le thème central est sorti :

 

 

SUITE ET FIN DANS LE 3e VOLET !


 

Compléments

ANALYSES DETAILLES DE LA TRAJECTOIRE

MODELISATIONS DE BOLIDES PAR L'INFORMATIQUE


 




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