La Thaïlande entre instabilité politique et recentrage économique

MB Global Report 07.04.2009 12:05
(miwim.fr/blog)

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L'actualité politique animée oblige à rappeler régulièrement les principales étapes marquantes qui scandent la vie politique depuis le coup d'Etat du 19 septembre 2006, point de départ d'événements suivis avec attention par la communauté internationale...



 Voir aussi le suivi précis qui en est assuré quasiment au jour le jour par Le Petit Journal - édition de Bangkok

Thaksin rassemble à nouveau dans les campagnes, mais est dissocié des mouvements prévus à Bangkok.

Le mouvement désormais dans l'opposition des "T-shirts Rouges" appelle à une nouvelle manifestation pour le mercredi 8 avril, avec comme objectif avoué de faire démissionner à son tour l'actuel cabinet dirigé par Abhisit Vejjajiva depuis le 15 décembre 2008.

La manifestation du 24 février dernier avait rassemblé 10 000 participants autour du siège du gouvernement - monnaie de la pièce servie durant de longues semaines par les "Chemises Jaunes" l'automne dernier.

Juste avant la nomination de l'actuel Premier Ministre, un grand rassemblement au stade Supachalasai avec discours retransmis en direct de l'ex-Premier Ministre en exil Thaksin Shinawatra avait attiré 50 000 sympathisants venus écouter leur leader enjoindre l'Armée de se tenir à l'écart de la vie politique et de respecter le choix précédent des électeurs...

Les Chemises Rouges dénoncent l'illégitimité du gouvernement actuel, installé après les graves événements commencés l'été dernier : blocage des aéroports internationaux de Phuket puis de Bangkok (les deux, Donmuang compris pour bloquer le nouveau siège déplacé du gouvernement). Lire encore cet article ou celui-là : quasiment chaque jour amenait son lot d'événements-chocs. 

Ils ont entraîné les troubles amplement médiatisés dont on se souvient encore depuis l'étranger, puisque de nombreux touristes et hommes d'affaires en ont fait les frais.

Ces manifestations durables des "Chemises Jaunes" appuyées par les cercles influents de l'Armée et de la Monarchie ont eu raison du second cabinet issu de la majorité de coalition désignée par les élections de décembre 2007.

L'étape ultime en a été la dissolution par la Cour Constitutionnelle, le 2 décembre 2008, du parti de rassemblement de la majorité d'alors, le PPP, dénoncé depuis l'origine comme aveuglément "pro-Thaksin" - au grand dam de ses soutiens, revendiquant leur indépendance de vue depuis le jour même de la nomination de Samak Sundaravej comme Premier Ministre après les élections de décembre 2007.

Mais cette accusation a toujours facilité les piques de l'opposition d'alors, jetant l'opprobre sur Thaksin, l'ancien officier de police devenu milliardaire ; accusé de corruption aggravée, poursuivi ainsi que quelques proches avec acharnement et finalement condamné par contumace après son second exil du pays, il représente pour les royalistes le symbole de la corruption politique qui frappait {choix de l'imparfait..] les institutions "autres" et surtout "l'irrespect insolent" manifesté envers la personne sacrée du Roi Bhumibol. 

Quoi qu'il en soit, la coalition APD ("Jaunes") a réussi à retourner 37 députés du parti PPP ("Rouges") pour former un gouvernement - ni plus ni moins légitime que le précédent, nonobstant la valeur que certains accordent aux élections dans le pays, valeur souvent remise en question. Les aéroports assiégés ont alors été libérés et la vie a repris rapidement son cours normal.

Le nouveau gouvernement s'est mis au travail en pleine survenance des effets retardés de la crise économique générale, atteignant désormais de plein fouet le pays.

Abhisit a annoncé des mesures ambitieuses :

- Emploi : 'Foire de l'emploi' tenue au centre international d'exhibitions IMPACT afin de contenir la montée soudaine du chômage, estimée à 1 million de personnes pour 2009. Des mesures très novatrices sont annoncées dans un pays qui ne connaissait jusqu'ici aucune aide concrète aux chômeurs ni de politique d'emploi de grande ampleur.

- Investissements : un plan d'emprunt auprès de l'étranger de Bht 70 MD (1,480 MDEUR pour le lancement des grands travaux d'infrastructure dont le pays a besoin -  surtout auprès de pays asiatiques.

Ces travaux avaient été négligés durant la période d'euphorie financière d'avant la crise de 1997 et rendus inaccessibles dans les années de reconstruction qui ont suivi, tous les efforts étant alors consacrés à l'assainissement de la finance, aux remboursements dus au FMI et à la reconquête de la confiance des marchés.

Par la suite, les cahots de la politique intérieure ont largement handicapé la mise en oeuvre des plans stables nécessaires à de tels projets ; Thaksin avait bien reçu en février 2006 la première visite d'un chef d'Etat Français depuis l'instauration de relations diplomatiques initiées... sous Louis XIV ! Il était temps... Mais ce soudain souvenir d'anciennes et harmonieuses relations avait sûrement quelque chose à voir avec l'annonce d'investissements de l'ordre de Bht 40 Mds dans le domaine des transports ferroviaires et des routes, secteurs où la France est certes en pointe.

Enfin, l'agriculture, la santé, l'éducation, l'assistance sociale... feront l'objet de plans désormais nécessaires, comme les autres points, à l'avenir du pays.

Les soubresauts de la politique intérieure permettront-ils d'assurer la pérennité de telles mesures ?

Rien n'est moins sûr :

Thaksin a désigné depuis l'étranger les "cibles" politiques pour les Chemises Rouges : le Général Prem Tinasulanonda, vu comme le principal instigateur du coup d'Etat du 19 septembre 2006 ; Surayud Chulanont, ancien Premier du cabinet d'intérim durant la période de gouvernance par la junte militaire, aujourd'hui membre du cabinet privé du Roi, est visé de même. Toutefois, l'ex-mogul des télécoms en instance d'extradition mais toujours très mobile peine à convaincre son propre parti, au moins en zone urbaine ; celui-ci prend ses distances et vise plutôt à définir sa propre ligne d'action, tout en exploitant le "moteur" Thaksin.  

Depuis ces annonces, Abhisit joue la montre et communique par le biais du vice-Premier de façon contradictoire sur ses intentions ; les membres de son parti, l'APD, craignent devant ce relatif mutisme que les "Rouges" ne soient tentés par des actions provocatrices - les seules ouvertes face à un pouvoir en place bien difficile à ébranler puisqu'il s'appuie très largement sur les institutions indiscutables du Royaume. Que se passerait-il en cs de nouvelles violences comme on en a connu lors des affrontements menés par l'actuelle majorité ?

Abhisit retourne finalement à ses opposants l'argument qu'ils lui servaient auparavant, soit "faites-vous entendre par des moyens constitutionnels"... Mais la voix des urnes qui serait issue d'une consultation anticipée, de toute façon pas d'actualité, est considérée comme peu fiable par la plupart des observateurs, bien que la surveillance des votes achetés se soit fortement accrue ; les sanctions afférentes ont déjà coûté sa place à la majorité précédente...

En attendant, il semble délicat pour la Thaïlande de défendre à l'international une position de place économiquement prometteuse, attractive et accueillante pour les investissements étrangers ; du moins pour ceux extérieurs à la sphère ASEAN, laquelle est traditionnellement moins inquiète des soubresauts de politique interne.

En fait, ces troubles n'ont que peu d'influence au quotidien sur la vie des affaires, on l'a bien vu même durant l'épisode très protectionniste de la junte entre 2006 et fin 2007. Ils impactent néanmoins la confiance des décideurs au moment de lancer des plans à long terme - la compétitivité du pays étant forcément dépendante des succès ou insuccès de sa politique intérieure, sans parler des risques liés à la propriété et aux rapatriements financiers.

Ceci posé, la méfiance désormais très forte du pays envers les placements excessivement spéculatifs (y compris en ce qui concerne l'immobilier) a démontré une tenue bien supérieure de la Thaïlande par rapport à la plupart des autres pays du monde.
Mais par effet d'entraînement, la crise y est désormais bien présente comme partout.

Au surplus, les troubles séparatistes de l'extrême Sud désormais connus et les fréquents incidents de frontière avec le Cambodge près du temple de Preah Vihear (voir l'article du Petit Journal de ce jour) risquent de faire asssez mauvais effet : leur perception à l'étranger est plus lourde de sens que les Thaïs eux-mêmes ne le ressentent au quotidien. Et le tourisme, déjà en nette baisse de par le monde, pourrait bien se détourner en partie d'une destination qui ne le mérite aucunement.






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